vendredi 5 juin 2009

Carnets de campagne

Vous savez quoi ? Roland Garros, c'est bien. D'ailleurs, même si vous n'aimez pas le tennis, regardez le tournoi au moins une fois dans votre vie, rien que pour Nelson Montfort qui parle anglais (ou espagnol) et la voix d'hystérique que prend la traductrice à chaque phrase (et si en plus vous pouvez entendre ce que dit le joueur ou la joueuse et que vous comparez à ce qui est traduit, ça devient réellement drôle).

Autre qualité de RG, et du tennis de manière générale : c'est l'occasion de faire autre chose à côté, le temps que Nadal fasse son service. Bon, lui il n'est plus là mais il y en a d'autres. Et donc au lieu de voir le joueur s'essuyer le front pendant 3 minutes (avec le ramasseur de balles qui attend patiemment à côté toujours dans la même posture, l'étiquette d'un cours de tennis est absolument fascinante, faudra que je fasse une observation participante là-dessus un jour) puis dégager la terre battue de sa ligne de fond de cours pendant 1 minute et faire rebondir la balle une dizaine de fois avant de finalement refaire le tout parce que la 1ère était faute, et bien on peut manger un yaourt, écrire des pensées stupides sur son carnet acheté la veille (depuis le temps qu'on y pensait) ou encore, lire des pensées écrites par d'autres, pensées plus ou moins stupides.

Et donc, quand je vous dis que RG c'est bien, j'ai pu, hier, grâce au tic de Kusnetsova qui nettoie sa ligne de fond de cours à chaque service, accomplir ma BA : j'ai lu les professions de foi des candidats aux européennes. Oui, je suis fière de moi, parce que lire 30 fois la même chose, ça va bien 5 minutes (enfin non, j'exagère, 10 fois la même chose, entre les souverainistes, les gauchos (eux, c'est les meilleurs, d'ailleurs, ils sont chais pas combien et appellent tous à l'unité, mention spéciale au NPA en la matière, mais non, promis, malgré les apparences, je ne parlerai pas de politique, pas vraiment en tout cas) et les autres). Or, tant qu'à faire une BA, autant bloguer les conclusions que j'en ai tirées, me suis-je dit. Donc, résultats :

La nouvelle du jour : je vis dans une Europe totalitaire, sic Le Pen.

La photo du jour : prenez le verso du papelard MPF+CPNT et émerveillez-vous la famille idéale en balade en forêt : le père est au centre, grand, protecteur. Il tient d'une main son petit garçon, habillé comme papa, et de l'autre, sa femme, toute petite, légèrement en retrait, et qui porte dans le bras restant sa petite fille, toute de rose vêtue. C'est grand, c'est beau, on y croirait presque. Surtout quand la photo est accompagnée de la légende "respecter le vote des Français".

Le slogan du jour : vu sur le programme de l'Alliance écologique indépendante : "20 ans après le mur de Berlin, le mur de l'argent s'effondre". Tadam !!

Le nom du jour : Françoise Grossetête, tête de liste UMP. Fallait le faire.

Le politiquement correct du jour : celui-là, il est à la mode ces derniers temps et je suis en passe de me dire que décidément, ça m'agace. Il s'agit de cette manie qu'ont les militant extrême gauches de rajouter des é-e-s à chaque mot potentiellement "genré" pour montrer que la lutte contre le capitalisme n'oublie pas l'exploitation du genre féminin et pas seulement humain. Donc ça donne "immigré-e-s", "salarié-e-s". Bientôt, il faudra que j'écrive personnes handicapées comme ça ? Ca donnerait personnes handicapé-e-s. Dans la même logique, on ne demande plus la régularisation de tous les sans-papiers mais de toutes et tous, s'il vous plaît. Ah oui, on est pour l'égalité hommes-femmes, mais les femmes passent avant. Quand même. Bon, voilà, non seulement ça devient illisible et en plus c'est énervant. Certes, je suis la première à gueuler quand j'entends des "madame le ministre" parce que je ne vois pas en quoi le fait d'être ministre devrait amener ces dames à changer de sexe. (On ne dis pas monsieur l'infirmière, que je sache ?) Mais là, quand même, Maurice pousse le bouchon un peu trop loin à mon goût. D'autant que ça n'a rien de spontané, cf le "luttons contre l'exploitation des Palestiniens" où la palestinienne a disparu. Je vais retourner à mes personnes en situation de handicap, ça ne sera pas pire.

Mais juste avant, quand même, mention spéciale pour le boulet du jour, j'ai nommé, le photographe du parti socialiste. Déjà, la tête de Destot sur les affiches de la campagne municipale, ça valait le détour. Mais alors là c'est le pompon, y'a 2 photos sur la profession de foi, l'une où Vincent Peillon est à contre-jour et l'autre où la seule chose qu'on voit de Martine Aubry, c'est son bras devant la figure. Franchement, bravo.

Voilà pour ce petit détour électoral, maintenant, je m'en retourne travailler. Promis, la prochaine fois, je vous expliquerai comment rédiger un mémoire tout en suivant Roland-Garros.

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mardi 18 mars 2008

Ca peut pas faire de mal...

Je me permets de vous mettre en lien une pétition contre le ministère de l'immigration et de l'identité nationale, étant donné que, tant du point de vue de mes attaches à l'histoire que de mes convictions politiques (au sens philosophique du terme), ce concept me révolte depuis le début.
Avant que vous ne vous disiez que c'est encore un machin de gaucho-démago qui profite de la "vague rose" des municipales, je tiens à dire que cette pétition a été initiées par des historiens, et pas par les plus petites pointures (j'ai notamment remarqué le nom de Patrick Weil, grand spécialiste de l'histoire de l'immigration en France, je vous recommande Qu'est-ce qu'être français, très intéressant)

A propos de lecture historienne, L'histoire culturelle de la France, mangez-là, abreuvez-vous à la source, elle est très bien. Mais oubliez la dernière partie, elle est bonne pour la benne : pas de recul et plus que de l'histoire, un jugement moral. Imbuvable.

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lundi 3 décembre 2007

Lassitude

Ce message va être assez redondant par rapport au précédent (double poooooooost ! Baaaaah, caca !), mais en même temps, ma vie étudiante l'est pas mal en ce moment aussi.

Et ce soir, j'en ai marre.

De quoi, au juste ?

Ben de ça. Du bordel. Du fait qu'on est aujourd'hui dans une impasse que je voyais venir grosse comme une maison depuis le début.

En gros, je savais dès le début que commencer un mouvement par le blocage, ça ne pouvait mener qu'à des extrêmes et à rien de bien constructif, et ce qui m'énerve le plus là-dedans, c'est que j'ai eu raison. J'aurais préféré avoir tort.
Moralité, aujourd'hui, on se paie les CRS sur le campus, le directeur qui pète les plombs (il a fait ses excuses aujourd'hui, d'ailleurs. Une mise en scène formidable, j'avais jamais vu ça, avec les grands blancs melodramatiques, l'imitation du léger tremblotement de la voix entrecoupée par l'émotion, ah c'était beau, tout y était) et les anti-bloqueurs qui fracassent l'arcade sourcilière des bloqueurs ou mieux, qui applaudissent les CRS en train de matraquer leurs petits camarades.
C'est minable.

Tout ça pour un mouvement qui s'essouffle (si tant est qu'il n'ait jamais pris de souffle...), qui fait descendre moins de 1500 personnes dans la rue alors qu'on est bloqué depuis trois semaines (je cherche les 1900 personnes qui ont voté le blocage à l'AG... étant donné que tous les manifestants ne l'ont pas voté, j'en sais quelque chose).
Si encore, y'avait de l'espoir au bout... Mais là, le tunnel est bouché, il y a un mur au milieu et seules quelques personnes s'obstinent à y planter leurs ongles. Ils finiront par céder mais quand ? Et pour se retourner en disant "tout ça pour rien..." ?
...
Je ne souhaite ça à personne.

Et puis il y a ces AG qui n'en finissent pas, où ce sont toujours les mêmes qui parlent pour dire toujours les mêmes choses, les mêmes conneries. Aujourd'hui on a eu le droit à un mec qui a été coupé dans sa rhétorique "franchement vous trouvez vraiment que les cours importent à côté de ça" par un OUI général ; sa réaction a été : "ben alors on vous coupera la tête au moment de la révolution!". Je vais faire 1 boulet par camp : ça vaut celui qui nous balance que les blocages sont des OPA hostiles sur le bâtiment. Et ça, c'était en AG interne à Sciences po... j'ai voulu croire que les gens cogitaient un peu plus et avaient plus d'esprit critique sur les sujets politiques dans un IEP mais là, même moi, éternelle optimiste s'il en est, je désespère.

En fait, tout le monde en a marre, et ce dans les deux camps.

Bon, au moins j'ai eu cours un peu aujourd'hui (vu que les profs et les élèves étaient dans le bâtiment pour l'AG, ils auraient pu difficilement bloquer). Mais demain ? Et après-demain ? etc.

Ce serait tellement plus simple si le déblocage était voté... au moins, il y a un point sur lequel presque tout le monde est d'accord : ce mouvement a été particulièrement mal géré, tant par ses organisateurs que par l'administration. En fait c'est une catastrophe, surtout que ça va se finir par un écrasement devant Sarkozy, et ça, c'est pire que tout (enfin, cela n'engage que moi... mais je le pense très fort ! ). On me dira que je suis défaitiste et aujourd'hui, je le dis : oui, je suis défaitiste, mais on ne pourra pas nier que j'ai des arguments valables.

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jeudi 29 novembre 2007

Chronique d'un blocage ordinaire... ou pas

Note introductive qui n'a rien à voir : saviez-vous que le "ou pas", c'était grenoblois comme expression ? Je le conserve, je le cultive ! ... ou pas.


Bon ! (Pourquoi est-ce que je commence tous mes messages par bon ?) Bon, disais-je, ça fait quelques temps que je pensais vous entretenir de petites touches récoltées de ci de là concernant ma vie étudiante actuelle, quite inexistante si on se base sur le nombre d'heures de cours depuis 2 semaines, mais quand même (ça aussi c'est dauphinois... quand même, on n'est pas des quand même ! (et l'avantage de l'écrit, c'est qu'il masque ma déplorable absence de capacité à faire la diphtongue sur le "an", fille d'émigrée que je suis (enfin juste du père, je tiens à le préciser))).

D'abord, j'ai pensé à vous faire un post sur les perles entendues aux AG. C'est assez savoureux. Et puis j'ai eu la flemme de noter. Je me rappelle quand même avec bonheur ces petites touches de "Je trouve ça scandaleux, les gens qui se disent étudiants et qui sont contre le blocage" (le gus avait commencé par parler de démocratie avant ça et a ensuite fini par dire que en gros, si on était pour la loi LRU, on soutenait la politique impérialiste de Georges Bush) ou de "ouais ben moi je m'en fous d'abord, les bloqueurs c'est qu'une bande de branlots qui empêchent les autres de bosser, mais moi j'aurai mon année grâce à la prépa privée que je suis à côté". Ou encore, la nana qui commence par dire "je vous préviens que mes chers amis de l'UNI (syndicat étudiant à la botte de l'ump) me traitent de bolcho-trostkystes" et qui finit par "l'hiver sera rude... courage camarade !".

Donc c'est assez savoureux au début, mais au final, on entend 30 fois les mêmes choses et c'est un peu lassant. Y'a les gens qui disent des trucs bien, ceux qui sont à flinguer des deux côtés et voilà, en gros.

J'ai ensuite pensé hier à vous faire un compte-rendu de la manière dont on a voté en AG, c'était grandiose : les pour à gauche, les contre à droite. Moralité, les absentions, allez vous faire foutre, et combien de gens ont voté, ahahah, bonne question, tout y était pour que le résultat soit vachement légitime aux yeux de l'administration (et moi quand je propose le recensement des pours et des contres avec croix sur la carte d'étudiant comme ça on risque de pas de l'effacer (non parce que la semaine dernier on avait fait ça, mais la croix était sur la main et certains l'ont effacé. breeef), et donc quand je dis ça on me dit que oui mais c'est pas juste, y'a pas que les étudiants qui ont le droit de voter le blocage de la fac. Ah bon...).

Mais finalement, le bouquet est arrivé ce matin avec le pétage de cable de l'administration, et en particulier du directeur de l'IEP. C'était grandiose, et assez choquant il faut dire. En gros, depuis le début, M. Ihl refuse toute communication avec les étudiants, il veut que l'IEP organise sa propre AG mais nous refuse tout accès aux amphis pour ce faire. Et ce matin, il était décidé à faire reprendre les cours. Mais les bloqueurs étaient décidés à bloquer. Donc M.Ihl a littéralement pété les plombs, s'emparant d'une structure métallique de poubelle et se mettant à tabasser un des gugus. Puis il a demandé à la concierge de lâcher les chiens et a appelé les CRS, du jamais vu sur le campus depuis 68. Donc les CRS ont débarqué, ont fait dans la dentelle comme à leur habitude puis sont ensuite partis s'égayer gentiment sur le campus, et leur promenade bucolique les a amenés à se confronter à quelques étudiants qui papotaient gentiment devant les locaux de l'UPMF et en gros, les pompiers aussi ont été appelés au final. Enjoy.

C'est sur ces entrefaits que votre envoyée spéciale autoproclamée débarque à 10h30 sur le campus, et plus particulièrement à l'IEP qui était en plein bordel. Certains étaient en cours, ayant accepté d'y aller escortés par des CRS. Beaucoup d'autres étaient devant, et finalement, on n'a pas attendu la permission de M.Ihl et on a organisé une réunion interne dans un de nos amphis (non parce que dehors ça caillait quand même. Y'a pas à dire, rien de tel que le printemps naissant pour organiser un mouvement social... y compris pour ceux qui n'y prennent pas part activement, parce qu'on est quand même là à se peler le cul dans les AG). Même que j'ai pris la parole et que j'ai été vachement applaudie, z'avez vu la classe ?

Moralité, suis pas prête de reprendre les cours, vu que tant que y'aura des CRS, je refuse d'y mettre les pieds... Et tout ça, c'est très mauvais pour M. Ihl, s'il ne démissione pas sur ce coup, je me demande. Ca fait tâche, pour le directeur de campagne de Michel Destot quand même...

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mercredi 17 octobre 2007

Choisir entre deux dictatures, mode d'emploi (ou pas)

Bon, aujourd'hui, ce sera un coup de gueule, désolée, mais le défouloireuh, il est aussi là pour ça, et je suis vraiment très énervée. Par quoi ? Par la pseudo-démocratie étudiante. Que je vous essplique.

Remise en contexte, tout d'abord. Vous aurez peut-être entendu parler la loi sur la réforme de l'université. Sinon, je vous dirai que selon moi, elle ne casse pas trois pattes à un canard. Je ne suis pas franchement enthousiaste envers cette réforme, mais je pense qu'elle ne va pas changer la France.

Bref. Tout ça pour dire que, comme d'habitude depuis mai 68 dès qu'on veut réformer l'université, les étudiants sont pas contents et parlent de manifester. Et si vous leur dites, "ouais, bof, j'vois pas trop l'intérêt", vous devenez un dangereux suspect, sarkozyste potentiel.

Me voici donc coincée entre la dictature sarkozyienne d'une part, sur laquelle je n'ai absolument pas envie de revenir, ça n'en vaut pas la peine, et la dictature étudiante d'autre part. Celle qui vous dit "ouais, vive la démocratie", mais qui ne demande jamais à des opposants à leur point de vue de venir parler à leurs AG. (d'ailleurs, le blocage, tout le monde le sait, quoi de plus démocratique comme pratique ?). Celle qui vous diabolise si vous n'êtes pas de gauche, et surtout pas de gauche comme elle. Aujourd'hui, en France, on n'a pas le droit d'être à la fois contre Sarkozy (que je ne m'abaisserai jamais à appeler Sarko) et contre un mouvement étudiant. Ce même mouvement étudiant qui vous dira qu'il fait la révolution, et qu'il est anticonformiste. Je vous demande où il est, l'anticoformisme d'un étudiant qui manifeste ! Et plus que tout, j'en ai marre de devoir me justifier. Entre eux, les étudiants ont des codes, des phrases toutes faites qui en appellent d'autres, ou qui appellent des mimiques, pour montrer à l'autre, que oui, on pense comme lui, que oui, on a voté contre "Sarko", et que bien sûr, la question ne se pose pas.

Une véritable étiquette au final. Que je supporte de moins en moins.

Surtout que, dans le régime de la dictature étudiante, on est obligé d'avoir un avis sur la politique. Même quand on n'y connait rien, alors je vous laisse imaginer les énormités qu'on peut entendre. Et tous se disent exercer leur esprit critique. Mais j'ai toujours pensé qu'il était bien plus facile d'exercer son esprit critique envers des gens avec qui on n'est pas d'accord qu'avec des gens qui partagent nos idées. Et en l'occurrence, à la fac, même et surtout à Sciences Po, c'est caricatural.

Moralité : à mort l'UNEF, et laissez-moi avoir le droit de ne pas choisir, merde !



PS : promis, demain, je vous parle des tickets RU et de la société des granits pyrrhoïde des Vosges.

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lundi 18 juin 2007

Soirée électorale

Hier soir, en cette dernière soirée d'élections, je suis allée, comme aux autres (excepté le second tout de la présidentielle, notez qu'on dit l'élections présidentielle, et non les élections présidentielles), dépouiller, et oui, ça me fait triper. Et hier soir, donc, j'ai eu une illumination, pour votre plus grand... bonheur, malheur, je ne sais : c'est blogable, comme truc.
Je suis arrivée à 20h-1, juste à temps pour entendre le traditionnel "Le scrutin est clos". A ces mots, branle-bas de combat, on ouvre les isoloirs, on enlève les bulletins et les enveloppes en libre-service, on déplace les tables, les chaises, on constitue les équipes.

Puis on ouvre l'urne, et tombent les enveloppes sur la table, ces enveloppes qui vont nous dire qui sera notre député pour 5 ans (même si on sait depuis le début que ce sera Destot), toutes plus anonymes les unes que les autres, impossible de savoir qui a mis laquelle. Sauf de temps à autre, mais nous en parlerons tout à l'heure.

Les élections, c'est la consécration de la démocratie, dit-on. C'est aussi celle du système décimal. On regroupe les enveloppes en tas de 10, puis on met les tas de 10 dans des enveloppes de 100, et quand on a dépouillé 10 bulletins de la même personne, on s'arrête pour recompter et voir si on en est bien à 10. 10, 10, 10, 100%, et merde à cette connasse d'enveloppe supplémentaire qui ne devrait pas être là, puisqu'il y a 715 émargements sur le registre, pourquoi est-ce qu'on arrive à 716 enveloppes, bordel, alors qu'il est déjà 22h, putain ? Non, on ne recomptera pas, non, on n'est pas à une enveloppe près, et tant pis si c'était la votre, de toutes façons vous ne le saurez pas. Surtout à un second tour, quand il ne reste que 2 candidats.

C'est aussi la consécration de votre signature. On vous demande de signer des tas de trucs, au cas où y'aurait un problème. Ce qui est marrant, c'est que j'ai déjà fait 3 bureaux de vote différents, et à chaque fois y'a eu des variantes dans ce qu'il fallait signer. Comme quoi, heureusement que ça ne merde pas tout le temps....

Hier, donc, j'étais préposée aux enveloppes avec la madame blonde, c'est-à-dire que nous étions chargées de les ouvrir et d'en retirer le bulletin qu'elles contenaient, tandis que Monique lisait à voix haute le nom sur le bulletin, et que les deux messieurs en face de moi faisait des bâtons dans les cases pour compter. Expérience enrichissante, non ?

J'en retire en tout cas quelques enseignements : Premièrement, c'est pas génial quand on a au doigt une petite peau qui veut se faire la malle. Deuxièmement, les bulletins de Destot sont plus épais que ceux de Béranger. Troisièmement, en démocratie, les connards sont ceux qui plient leur bulletin en 4 et non en 2.

Parfois, quand on ouvre les enveloppes, on tombe sur des trouvailles intéressantes. Je passe le moment où l'enveloppe est vide, ce qui vous donne l'occasion de faire entendre votre voix, puisque vous répétez plusieurs fois "un nul vide", le temps d'extirper les autres de leur torpeur, engendrée par la litanie incessante des "destos-destot-destot-béranger-destot-béranger
-béranger-destot-béranger-destot-destot..."

Je passe également le cas du double bulletin, à savoir, deux bulletins glissés dans une même enveloppe. Mine de rien, c'est assez fréquent. Et pour votre culture-gé, je vous dirai que ce cas de figure ne vaut pas un nul, quand les deux bulletins portent le même nom. On en déchire un et on compte l'autre, basta. (Au passage, maudite soit l'andouille qui a glissé deux destot dans son enveloppe, les pliant chacun séparément. Non mais pff...) Lorsque les deux bulletins sont différents, là, par contre, ça compte nul, of course.

Quelques cas sortent de l'ordinaire. Notamment, hier, un gus s'était fait un faux bulletin de Destot, qui portait la mention "candidat du Tunnel et du grand Stade, soutenu par le PCF, le PRG, GO... mais plus par moi". Joli. On a aussi eu droit à un bulletin de Destot barbouillé "candidat de la gauche fainéante et paresseuse", et, dernier truc mais pas le moindre : une enveloppe qui comportait, en lieu et place d'un bulletin, un tract pour la défense du 38 Rue Nicolas Chorier, avec une photo dudit 38.

C'est caustique.

Et pour votre gouverne, Destot a finalement remporté la circonscription (la troisième), avec 61,95% des suffrages exprimés.
En Isère, au final, 6 circonscriptions ont été remportées par le PS, 3 par l'UMP, marquant ainsi un revirement par rapport à la présidentielle, qui avait vu Sarkozy l'emporter dans notre département.

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