Ou : un khâgneux, au fond, qu'est-ce que c'est, est-ce que ça se mange, si oui qu'est-ce qu'on gagne ? Déjà il convient de faire remarquer qu'on dit bel et bien un khâgneux (enfin la plupart du temps on dit surtout une khâgneuse, certes...) et non pas un étudiant de khâgne ou quelque chose comme ça... Parce que, si vous êtes à la fac, vous êtes étudiant en droit, en lettres, en philosophie ou en tout ce que vous voulez (vous voulez "en macramé" ? D'accord) ou en en macramé, si vous êtes en prépa, vous êtes un khâgneux, un taupin, ou si vous avez pas de chance, un épicier*. Être élève de prépa, vous l'aurez peut-être compris au travers des éventuelles plaintes que j'ai pu émettre ici quant à mon travail, ce n'est pas une activité à mi-temps et même, comme vous l'aurez j'espère compris en lisant ce que je viens tout juste d'écrire, une véritable identité. Et plus ça va, plus c'est pire.On rentre en hypo (sous entendu "hypokhâgne", c'est à dire la première année), on est encore un être relativement innocent, relativement normal et puis on en sort et on est un khâgneux (si le conseil de khlâsse est d'accord bien sûr) ."Bon d'accord on a compris, mais un khâgneux, au-fond-finalement-en-définitive-enfin, c'est quoi ? "Etant d'avis que les exemples sont toujours ce qui parle le plus, en voici.- Un khâgneux, c'est un être qui peut faire cette blague :
"...ouais non mais si tu veux elle c'est une nana de base.
Comme dirait Xenophon ! " **
Ou alors un être que ladite blague fait rire. - C'est un être qui se rue sur son Dictionnaire historique de la langue française (ô révéré Alain Rey, soyez mille fois béni !) sitôt rentré chez lui pour répondre à cette question brûlante qui l'a obsédé toute la journée : "qu'est-ce que ça a comme étymologie, "sieste" ??"
Il peut aussi demander subitement à son voisin "eh, le contraire de la catastrophe, c'est l'anastrophe ?" et il se peut que le voisin réfléchisse vraiment à la question. - C'est un être qui écrit en toute innocence sur sa fiche d'histoire que "l'ONU lutte contre la violence et le barbarisme." et qui ne voit pas où est le problème.
C'est aussi un être qui répond convulsivement à la question "non mais vous savez ce que c'est un barbarisme ?" "OUI C'EST TROIS POINTS !!" - Si ledit khâgneux est un vrai khâgneux, c'est à dire un khâgneux classique se préparant à Ulm***, lorsqu'il lit dans son texte latin : "praeparat ulmos" il peut penser immédiatement à traduire : "Il prépare Ulm !!" (ce qui en réalité signifie, pour les curieux, "il taille ses ormes". Oui)
- C'est aussi un être qui dit : "ouah elle est cool cette semaine ! Un DS de 4h samedi et que deux versions à rendre !!"
Ou alors un être qui dit "c'est cool, j'ai que 3 versions, deux commentaires, un devoir à réviser à caser à côté de mes 32 heures de cours." - Un khâgneux pèse au moins 40kg. Si. A cause des livres.
- Quand un khâgneux rend visite à un autre khâgneux, il va d'abord voir la bibliothèque. "Ayi ! T'as tout Flaubert en pléiade !!!! Je veux !!!!!"
- Un khâgneux peut crier sur un autre khâgneux parce qu'il a dit que Didon était une gourdasse ou que Enée était un salaud. Ou alors il peut faire la tête à son copain parce qu'il lui a révélé qu'il préférait Achille à Hector (ou l'inverse), ça dépend s'il fait du grec ou du latin.
Moi telle que vous me voyez, je suis bel et bien une khâgneuse et parfois ça m'effraie parce que ça fait bizarre de se dire qu'on est à ce point déterminé par les études qu'on fait.
C'est pas grave, vous m'aimez quand même toujours un peu ?
*Que les éventuels préparateurs de nos nobles et hautes écoles de commerce passant par ici ne s'offusquent pas, il ne s'agit là que de racisme bête et traditionnel. (Mais un peu fondé aussi quand même...)**Oui il y a vraiment une blague, celui qui la trouve sans que je lui ai racontée au préalable a gagné le droit de se poser des questions existencielles sur son éventuelle khâgnalité refoulée.***Que les éventuels préparateurs de l'ENS Lyon passant par ici ne s'offusquent pas, il ne s'agit là que de snobisme bête et traditionnel.(Mais un peu fondé aussi quand même...)Libellés : Dixit Salamandre, Gnuserie, in nomine varae, Vie étudiante